Florence Masnada : « Je n’ai pas de regrets sur ma carrière »

Florence Masnada : « Je n’ai pas de regrets sur ma carrière »

Chaque deuxième samedi du mois, retrouvez les souvenirs d’une ancienne sportive de haut niveau. En mars, c’est Florence Masnada, double médaillée olympique en ski alpin, qui jette un coup d’oeil sur sa carrière

Elle est, à ce jour, la seule skieuse française à avoir remporté la Coupe du monde de combiné mais aussi au moins un titre de championne de France dans toutes les disciplines. Florence Masnada a arrêté sa carrière en 1999 après sa médaille de bronze sur le combiné de Vail, aux USA. Désormais retraitée du haut niveau, elle n’a pas délaissé le ski pour autant. Entre commentaires, événementiel, commission de sécurité au sein de la fédération internationale… A 50 ans, elle a une vie bien chargée !

Son arrêt de carrière

« J’étais allée au bout de ma passion. Je voulais m’arrêter si possible sur de bons résultats : j’avais eu une médaille aux Jeux et une aux championnats du monde, je pensais que c’était le bon moment. Je commençais à avoir des problèmes aux genoux et je ne pouvais plus supporter des doses d’entraînements qu’il aurait fallu pour gagner.

J’aurais pu continuer encore une saison ou deux, j’aurais pu faire entre 5 et 15 (au classement général, ndlr) mais j’avais dû le faire 40 fois dans ma carrière et l’objectif c’était de continuer et gagner. Là, je sentais que physiquement ça devenait compliqué. Ce qui commençait à me peser, c’était l’entraînement. On s’entraîne toute l’année pour trois ou quatre mois de courses. »


« Je suis plus fière de la persévérance et de la continuité vis-à-vis du nombre d’années, du nombre de médailles en Coupe du monde que de l’accomplissement des médailles. »

Florence Masnada
Florence Masnada est une femme (très) active.

L’après-carrière

« J’ai terminé mes études parce que je ne les avais pas arrêté. J’avais fait l’EM Chambéry puis j’ai basculé sur l’EM Lyon. J’avais un contrat d’insertion professionnelle avec la Caisse d’Epargne des Alpes qui m’a permis de faire des stages en entreprise. En même temps que mes études, j’avais monté ma société dans laquelle je travaille toujours. J’ai aussi commencé à commenter pour Eurosport, à faire des interventions en entreprises, à travailler dans l’événementiel avec le Comité olympique pour les Jeux d’été et d’hiver en relation presse avec les athlètes médaillés, pour les Etoiles du sport. Je garde quand même un moment pour faire du ski parce que c’est quelque chose qui me va bien. »

Son regard sur son parcours sportif

« Je suis plus fière de la persévérance et de la continuité vis-à-vis du nombre d’années, du nombre de médailles en Coupe du monde que de l’accomplissement des médailles. Le fait de m’être blessée, d’être remontée, d’avoir continué et d’avoir poursuivi mes études, c’était une carrière équilibrée. Je n’ai pas de regrets. »

Ses souvenirs de Jeux olympiques

« Les Jeux, c’est vraiment particulier par rapport à des championnats du monde parce qu’il y a quelque chose de mystique. On représente un pays, il y a tous les sports ensemble au village. Il y a quelque chose de spécial. »

Son après-médailles olympiques

« Quand on est médaillé olympique, ça ouvre des portes. Si la porte s’ouvre et qu’on n’y va pas, on se la prend dans le nez. J’étais assez préparée à ça, assez ouverte. Je savais qu’il fallait développer d’autres compétences pour aborder le monde professionnel. Pour moi, c’était un équilibre de faire des études, autre chose. Je l’aurais fait quoi qu’il en soit.

Florence Masnada a décroché sa première médaille olympique à Albertville (1992). C’était du bronze, derrière les Autrichiennes Petra Kronberger (au centre) et Anita Wachter.

Aujourd’hui, il y a de moins en moins de sportifs qui font des études en même temps et je trouve que c’est dommage. Derrière, ce n’est pas si simple. On gagne des médailles, de l’argent, mais ça ne fait pas tout. Il faut gérer le quotidien, la motivation. »

Son regard sur le ski aujourd’hui

« En commentant sur Eurosport, je vois les skieurs tous les week-ends. Pour le ski français, c’est un peu compliqué, surtout au niveau des filles, à part Tessa Worley. C’est un sport qui doit continuer d’évoluer. Il y a des choix de la fédération internationale qui me semblent un peu étranges. On a un président qui a déclaré qu’il fallait mieux organiser des événements dans des dictatures…

« Le ski est plus ouvert aux femmes qu’avant, mais il y a encore du boulot. Heureusement, on a de grandes championnes qui sont exemplaires, qui ont une bonne image mais on en manque encore. »

Florence Masnada

Je fais partie de la commission de la sécurité, donc on essaie un peu de faire évoluer les choses. Il le faut. Il y a des choses qui sont à prendre en compte comme le réchauffement climatique. De la neige, on ne sait pas s’il y en aura encore dans quelques années, alors ce serait bien que l’on soit attentif. Ça n’a pas l’air d’être la préoccupation de la fédération internationale. »

Le ski et les femmes

« Le ski leur est plus ouvert qu’avant mais il y a encore du boulot. Heureusement, on a de grandes championnes qui sont exemplaires, qui ont une bonne image, mais on en manque encore. Je le vois quand je fais des interventions, notamment auprès des jeunes : quand je demande de citer des championnes, soit en général elles sont jolies, soit elles ont beaucoup gagné. Il y en a cinq-six qui sortent. Pour les garçons, il y en a 50 qui sortent.

Pour Florence Masnada, le niveau du ski français chez les filles est « compliqué, à part Tessa Worley ».

Aux championnats du monde, j’ai entendu que les descendeurs autrichiens se mettaient des amendes entre eux s’ils voyaient quelqu’un en train de regarder une course de filles. Quand j’en ai parlé aux autres consultants Eurosport, ça les faisait rigoler. Ils ne se rendent pas compte. C’est inacceptable. On est à quelle époque ? Aujourd’hui, on est dans une époque où il y a des femmes chef d’entreprises, politiques, sportives… Mais il y a encore du boulot ! »

Florence Masnada en chiffres
3 participations aux Jeux olympiques : Albertville (1992), Lillehammer (1994), Nagano (1998)
2 médailles olympiques : bronze en combiné à Albertville, bronze en descente à Nagano
1 médaille mondiale : bronze en combiné à Vail (USA, 1999)
1 globe : combiné en 1991
14 titres de championnes du monde : 2 en descente, 2 en Super-G, 1 en Géant, 3 en slalom, 6 en combiné
8 podiums en Coupe du monde dont 1 victoire en Super-G


Photo : En 1998, à Nagano (Japon), Florence Masnada décroche sa deuxième médaille olympique.

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