Sarah Ourahmoune : « Le sport m’a permis de prendre confiance »

Sarah Ourahmoune : « Le sport m’a permis de prendre confiance »

Chaque deuxième samedi du mois, retrouvez les souvenirs d’une ancienne sportive de haut niveau. En février, c’est Sarah Ourahmoune, vice-championne olympique de boxe, qui jette un coup d’œil sur sa carrière.

Après 265 combats, Sarah Ourahmoune a pris la décision d’arrêter sa carrière de haut niveau. Elle l’a fait à Rio, lors des Jeux olympiques 2016. Elle venait de décrocher la médaille d’argent. Une belle occasion de quitter la compétition sur le ring. Désormais maman et femme d’entreprise à temps complet, cette femme de 37 ans continue de s’épanouir.

Son arrêt de carrière

« J’avais arrêté une première fois en 2012 quand j’ai eu ma première fille. J’avais prévu d’arrêter définitivement quand j’ai repris en 2014. Je voulais tenter de me qualifier pour les Jeux de Rio et stopper après. Je finis ma carrière là-bas. C’est ce que j’espérais, mais c’était tellement dur qu’au départ je m’étais dit : « je tente et puis on verra ». Je savais que si j’arrivais aux Jeux ça aurait été mes derniers combats. Je n’avais pas l’intention de continuer parce que ça faisait 20 ans que je boxais. J’avais d’autres envies, et c’est vrai que quand on a une famille, c’est compliqué de faire du haut niveau parce qu’on est tout le temps en déplacement.

Son après-carrière

« Pendant les deux ans de préparation, j’ai continué à travailler. A l’époque j’étais encore éducatrice spécialisée et j’avais ma boîte (Boxer Inside, ndlr). Quand j’ai fini les Jeux, j’ai poursuivi mes activités et d’autres choses se sont greffées dont la candidature de Paris 2024. On m’a proposé un poste à la préfecture de Seine-Saint-Denis avec une mission « sport » pour développer le sport dans le département. J’ai aussi continué à développer ma boîte puisque ça a commencé à bien prendre.

Ces deux années étaient très dures mais elles m’ont donné confiance. Aujourd’hui je n’ai peur de rien. Je me dis que quand on veut vraiment, on peut.

Sarah Ourahmoune à propos de sa préparation

Avec la médaille, c’est vrai que ça a été un peu plus facile pour proposer mes prestations. Après, j’ai été élue vice-présidente du comité olympique sur les questions de mixité, c’est-à-dire le sport pour tous : scolaire, carcéral, au féminin… Aujourd’hui, après presque deux ans de retraite, je suis vraiment sur mon entreprise qui se développe bien et j’essaie de proposer d’autres services à côté. Par exemple, je travaille sur un nouveau projet : l’idée est de proposer des séjours, dont un en juillet pour 35 femmes qui alliera sport et développement personnel. J’ai envie d’enlever les gants de boxe, de me faire plaisir et d’essayer autre chose.

Son regard sur son parcours sportif

 » Il y a beaucoup de fierté parce qu’il y a eu des moments assez compliqués et je suis fière d’avoir su les dépasser, surtout les deux dernières années car avec le boulot, ma fille et le manque de reconnaissance ça avait été difficile. J’avais l’impression d’avoir vécu deux ans où j’étais presque dans le noir. J’étais tout le temps fatiguée. J’avais l’impression de passer sous un camion tous les jours. C’était une horreur mais bon, il y avait cet objectif (la qualification pour les Jeux 2016, ndlr), j’essayais de me focaliser dessus et de m’organiser au maximum. Ces deux années étaient très dures mais elles m’ont donné confiance. Aujourd’hui, je n’ai peur de rien. Je me dis que quand on veut vraiment, on peut. »

Ses souvenirs de Jeux olympiques

« C’est plein de souvenirs. Le premier, ça a été la découverte du village, le fait d’être en équipe de France olympique, de voir tous les autres athlètes avec leur tenue officielle. La cérémonie d’ouverture est gravée en moi parce que c’était ce pour quoi je m’étais battue pendant 20 ans. C’est en regardant les Jeux de Barcelone en 1992 que j’ai eu envie de faire les Jeux à mon tour, mais je n’étais jamais projetée parce que les femmes n’étaient pas dans le programme olympique. La cérémonie, on en prend plein la vue. Quand on rentre dans le stade pour défiler, on a l’impression que le sol vibre, c’est assez dingue comme sensation. C’était le début de la magie.

Puis après il y a eu mes combats et forcément le podium. Il marquait pour moi la fin de 20 ans de carrière, la concrétisation d’un rêve. Il y a eu plein d’émotions à ce moment-là parce que c’était tellement dur que j’avais du mal à y croire et en même temps, il y avait un peu de peur car je m’étais levée pendant 20 ans avec cette idée en tête. Et maintenant qu’on y est, qu’est-ce qui va se passer demain ? »

Son après-médaille olympique

« Le regard des gens sur la boxe avait changé après Rio parce que je crois qu’aux Jeux on a cassé les clichés qu’il y avait sur les boxeurs. Professionnellement, ça a beaucoup évolué pour moi avec la médiatisation qui m’a permis de rattraper le manque d’activité que j’avais eu avec ma société pendant deux ans. Très souvent, quand je me suis lancée, on me disait que je n’allais pas y arriver. Après cette médaille, la médiatisation m’a permis de combler ces deux années de presque sommeil. »

Son regard sur la boxe aujourd’hui

« J’ai presque vu ce sport naître et évoluer. Ça fait 20 ans que les femmes ont droit de boxer en France. Il y a un bout de chemin qui a été parcouru entre 1999, où on était des extraterrestres, et aujourd’hui, où on est aux JO. En même temps, l’image sociale de la boxe a changé depuis 3-4 ans. C’est bien de faire de la boxe, c’est valorisant. Ça fait bien de dire « je boxe » alors qu’il y a quelques années, c’était vraiment le sport de quartier, violent, populaire. Ça a pris une autre dimension.

Sarah Ourahmoune est ambassadrice Paris 2024, récemment désignée au Conseil d’administration du Conseil d’administration des Jeux olympiques (COJO).

Son engagement pour Paris 2024

« Je me suis engagée car pour moi, quelque part, c’était la continuité d’un rêve. C’est normal pour moi, en tant que sportive, de m’engager. J’ai vécu une histoire formidable avec le sport et c’est important de donner envie aux jeunes d’en faire aussi. C’est le sport qui m’a permis de prendre confiance, qui m’a donné un cap dans la vie.

Quand on a commencé à parler de la candidature, on disait que ça allait se faire en partie à Seine-Saint-Denis. J’ai grandi à Aubervilliers puis Aulnay-sous-Bois et j’avais envie que ces Jeux servent aux habitants, qu’ils soient inclusifs. Derrière tout ça, on avait vraiment une promesse d’héritage. C’est ce qui m’a plu : on va avoir une belle fête, mais surtout cet événement va permettre de créer de l’emploi, des logements et d’impulser une vraie culture du sport en France. »

Aux prochains Jeux, « la boxe va être gelée, c’est-à-dire que la fédération ne sera pas en charge de l’organisation de la compétition », explique Sarah Ourahmoune. Les épreuves auront bel et bien lieu, mais elles seront gérées par le CIO (Comité international olympique), « ce qui permet de préserver les athlètes qui se préparent depuis des années ».

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