Delphyne Burlet : « Le biathlon a été une parenthèse dans ma vie »

Delphyne Burlet : « Le biathlon a été une parenthèse dans ma vie »

Chaque deuxième samedi du mois, retrouvez les souvenirs d’une ancienne sportive de haut niveau. En janvier, c’est Delphyne Burlet, ancienne biathlète, qui jette un coup d’œil sur sa carrière.

A 52 ans, Delphyne Burlet est passé de biathlète à entraîneur de ski de fond. Elle avait déjà fait la passerelle entre ces deux sports : de 1988 à 1991, elle était sportive de haut niveau en ski de fond puis de 1992 à 2002 en biathlon. Aujourd’hui, elle ne repartirait pas en compétition. « C’est fini pour moi ! Quand j’en rêve, il me manque toujours quelque chose, ce qui m’empêche de prendre le départ. En plus, mon corps dit stop. »

Delphyne Burlet est désormais chargée de l’entraînement des jeunes skieurs de 12 à 20 ans dans l’équipe de ski du comité Lyonnais Pays de l’Ain et les sections sportives de Hauteville (collège) et Nantua (lycée).

« Un jour les caisses étaient vides alors je suis devenue factrice pendant un an et demi. »

Son après-carrière

« Quand j’ai terminé, je me suis posée une grosse question : qu’est-ce que je fais maintenant ? Je n’avais pas fait d’études, j’avais tout arrêté en seconde car je voulais être championne. Je pensais que le sport m’ouvrirait des portes. Pendant ma carrière j’ai été suivie par un préparateur mental, je suis allée dans son école lorsque j’ai arrêté ma carrière. J’ai suivi une formation pendant trois ans. […] Un jour les caisses étaient vides alors je suis devenue factrice pendant un an et demi. Ça m’a permis de m’ouvrir aux autres, ce que je n’étais pas en tant qu’athlète. J’étais renfermée, je me protégeais. Là, je suis sortie de mon cocon.

J’ai arrêté ma carrière en 2002 et, en 2007, je me suis dit que si on me proposait un poste d’entraîneur, j’accepterai. Un mois plus tard on m’appelait pour un poste dans ma région. Aujourd’hui j’entraîne en ski de fond au pôle espoir de Nantua et j’interviens également en ski. »

Son regard sur son parcours sportif

« Quand je regarde en arrière, pour moi c’est une parenthèse alors que j’ai commencé le ski à 5 ans. Aujourd’hui je me demande à quoi ça a servi. J’ai appris à me connaître. J’ai découvert que je voulais être championne, mais seule. Sauf que j’ai toujours gagné en équipe et ça, il a fallu l’accepter. On ne réussit pas tout en étant toute seule. Ma carrière m’a servi à me rendre compte que j’avais besoin de l’équipe. C’était pareil au début de ma carrière d’entraîneur. Demander aux autres c’était la honte, mais après quelques claques, j’ai accepté. Il faut toujours mettre son orgueil de côté. »

Delphyne Burlet (à droite) a eu la plupart de ses médailles en équipe. Ici, le 25 janvier 2002 sur le relais en Coupe du monde à Antholz (Italie), elle est montée sur le podium avec (de gauche à droite) Corinne Niogret, Sylvia Becaert et Sandrine Bailly.

Ses souvenirs de Jeux olympiques

« J’ai été médaillée de bronze en relais à Lillehammer en 1994. Mes trois coéquipières (Corinne Niogret, Véronique Claudel et Anne Briand, ndlr), avaient gagné l’or en 1992 à Albertville. Peut-être que certaines étaient tristes de notre résultat. Quoi qu’il en soit c’est toujours l’histoire d’une course d’un jour. Pour que tous les paramètres soient dans notre poche, c’est compliqué. Aux Jeux olympiques, les personnes qui gagnent sont souvent celles que l’on n’attend pas. A Albertville j’ai failli avoir une médaille en individuel mais à Lillehammer je me suis rendue compte que l’équipe était plus importante.

En Norvège, au pays du ski nordique, il y avait de très belle pistes mais il faisait très froid, entre -18 et -20°C. On avait fait les choses bien concernant la préparation. J’étais arrivée aux Jeux pleine d’énergie alors que j’étais malade. Je m’étais lavée les cheveux, je suis sortie et après je toussais. J’ai quand même réussi à courir. Jamais je ne m’étais autant arrachée, j’en ai bavé. »

Son après-médaille olympique

« Après les médailles, les gens me reconnaissaient. A Albertville, les filles avaient allumé la flamme avec leur médaille d’or. Après Lillehammer, les médias ont commencé à suivre le biathlon et parallèlement les jeunes se sont intéressés à ce sport. Souvent, ils venaient du ski de fond et passaient au biathlon car ils étaient rapides. A partir de 1998 la relève est venue des juniors qui apprenaient à tirer. »

« Martin Fourcade est impressionnant »

Son regard sur le biathlon aujourd’hui

« Le biathlon est ultra médiatisé ! Nous, en grossissant le trait, on avait des médias pour les Jeux olympiques et deux-trois articles dans les journaux. Aujourd’hui, ce sont des pro de la com’ : on leur apprend comment se comporter face aux journalistes, aux sponsors. Le niveau de compétition est également plus exigent, le rythme aussi. On sent qu’il y a beaucoup d’attente derrière. Martin Fourcade est impressionnant, dès qu’il fait quelque chose, tout le monde le sait. Quinze minutes après sa course il fait une synthèse propre. Moi aussi je savais le faire… mais trois après ! (rires)« 

Les femmes et le sport

« Ce n’est pas plus facile pour elles aujourd’hui qu’à mon époque. On doit toujours faire plus que les hommes. Pendant ma carrière j’ai fait un bébé et je suis revenue. C’était assez inédit en France et j’espère que ça a servi. Avoir un enfant ça change forcément une femme, un homme aussi sauf qu’on n’en parle pas.

Dans le classement des personnalités préférées des Français, la première femme arrive à la 16e place (Sophie Marceau, ndlr). Où sont les sportives qui ont l’aura d’un Martin Fourcade ou d’un Teddy Riner ? Il faut les laisser s’exprimer autant que les hommes dans les médias, les rendre plus attachantes, moins arrogantes. Je me rappelle que lors des Jeux olympiques de 1994, pendant une journée média, un journaliste m’a demandé pourquoi je faisais du biathlon alors que c’était un sport d’hommes. Je lui ai répondu : « c’est quoi un sport de femme ? » Il a rétorqué : « Le tricot ? »

Delphyne Burlet en chiffres
De 1988 à 1991 : sportive de haut niveau de 1988 à 1991 en ski de fond
De 1992 à 2002 : sportive de haut niveau en biathlon
1 médaille de bronze en relais aux Jeux olympiques 1994 (Lillehammer)
1 médaille d’or aux championnats du monde 1993 par équipe biathlon
1 médaille d’argent sur le relais aux championnats du monde en 1993
1 médaille de bronze sur le relais aux championnats du monde en 1999
4 olympiades (1992, 1994, 1998, 2002)
5 podiums en coupes du monde
8 titres de championne de France

Photo : Delphyne Burlet lors des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002.

Maryne est la créatrice du site. Journaliste depuis ans, elle carbure aux pâtes, à l’eau et aux rencontres. Fan de ski depuis son plus jeune âge, elle le pratique telle Tessa Worley !

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