Audrey Cordon-Ragot : « En France, le cyclisme féminin régresse »

Audrey Cordon-Ragot : « En France, le cyclisme féminin régresse »

Alors qu’elle vient de changer d’équipe en passant de la Britannique Wiggle-High5 à l’Américaine Trek Factory Racing, Audrey Cordon-Ragot se pose quelques questions quant à l’avenir du cyclisme féminin en France.

Quatre fois championne de France du contre-la-montre, Audrey Cordon-Ragot roule sur les routes de France depuis de longues années. Jamais passée professionnelle, elle s’inquiète pour les générations à venir.

Sportives.net : Quelle est la situation actuelle du cyclisme féminin en France ?
Audrey Cordon-Ragon : C’est compliqué… Le cyclisme féminin en général avance et en France il régresse. C’est très paradoxal et inquiétant. J’ai débuté ma carrière en 2008 et je viens de signer ma 21e licence en amateur…

Pourquoi la discipline se développe davantage à l’étranger ?
Le cyclisme en général mais également le sport féminin se développe beaucoup à l’étranger. Par exemple en Angleterre, depuis les Jeux olympiques de Londres, il y a eu une véritable politique sportive qui n’a pas été faite en France.

Pourquoi la discipline n’arrive-t-elle pas à se développer en France ?
Je pense que cela vient des mentalités. Dans l’esprit des gens, le cyclisme est masculin. Le fait que le Tour de France ne soit pas organisé pour les femmes joue alors que c’est un des plus gros événements de la discipline (il s’appelle la Route de France féminine, ndlr).  Dans les pays anglophones et scandinaves, le sport a une grande place car il est ancré dans la société. Nous, en France, on n’a pas pris le pli.

Peut-on dire que le cyclisme féminin est sous-évalué ?
Oui, car nous sommes considérées comme des amatrices. Nous faisons autant de sacrifices que les masculins et pourtant nous ne sommes pas reconnues en tant que professionnelles. 

« En France, on a du mal à apprendre de nos erreurs »

Comment expliquer que les entreprises investissent davantage dans le cyclisme masculin ?
Elles ne regardent pas les sacrifices que l’on fait. Elles regardent si le sport, l’athlète ou l’équipe est « bankable ». Peu d’entreprises investissent dans le sport en général exceptées celles d’EDF et la SNCF. En France nous sommes le plus souvent « sponsorisés » par l’Etat que les entreprises privées.

Comment le cyclisme féminin peut-il se développer ?
En ayant les mêmes courses que les hommes, à commencer par le Tour de France. Puis en étant plus médiatisé. Le Tour d’Italie et d’Espagne ne sont pas diffusés en France.

Ce développement passerait donc par la médiatisation…
Les médias sont la clé de la réussite. Une médiatisation plus importante pourrait aider, c’est sûr. Cependant, c’est compliqué de diffuser un sport que l’on connaît peu… Les médias ne s’intéressent pas au cyclisme féminin car ils ont peur des retombées, ils ont besoin d’audience.

Pensez-vous que les Jeux de Paris en 2024 pourraient être un coup de pouce pour le cyclisme féminin ?
Ces Jeux seront une bonne chose ! J’espère qu’ils vont motiver les entreprises à investir dans le sport. Ma génération ne pourra pas en profiter car on compte moins sur celle de 2020 que 2024. En France, on a du mal à apprendre de nos erreurs. Est-ce que le pays a les moyens ? Est-ce qu’il a envie d’investir dans le sport ? Je ne sais pas. En attendant, les autres nations avancent…

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