L’Euro U19 féminin vu par… Hawa Cissoko

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Elle est championne d’Europe U19 depuis 8 jours et défenseure au Paris Saint-Germain. Elle, c’est Hawa Cissoko. Pour nous, elle s’est replongée dans la compétition et nous a raconté son Euro.

Sportives.net : Si on se replonge dans l’avant-Euro, les garçons perdent 1-0 en finale et les U19 gagnent 4-0 contre l’Italie. Que vous ressentez-vous alors que vous approchez de votre Euro ?
On avait la pression déjà bien avant. Quand on s’est qualifiées on s’est dit qu’on allait représenter la section féminine de la France. Arrivées à l’Euro, quand on a vu que les garçons U17 avaient perdu en poule on s’est dit qu’on ne devait pas faire la même chose. On avait beaucoup de motivation.

Avant de débuter la compétition, le titre était clairement un objectif ?
Oui c’était clairement notre objectif. On avait déjà joué contre les Espagnoles l’année dernière donc on savait à quoi s’attendre.

Le 19 juillet vous entrez dans la compétition, dans quel état d’esprit êtes-vous personnellement ?
Je suis trop excitée ! C’était long, ça faisait déjà longtemps qu’on connaissait la liste, on savait qui allait à l’Euro, le championnat n’était pas encore fini, etc. Il y a eu la préparation aussi. Avant on avait un groupe élargi où Gilles Eyquem (le sélectionneur, ndlr) avait enlevé 8 filles. Arrivée à l’Euro j’étais vraiment très très excitée et au premier match j’avais beaucoup d’énergie à dépenser, c’est pour ça que je me suis pris un carton.

« On savait qu’il fallait se canaliser pour ne pas faire les mêmes erreurs. On est restées plus concentrées que contre la Norvège. »

Ce match contre la Norvège vous le perdez, que se passe-t-il dans votre tête et celle de vos coéquipières ?
Pour beaucoup c’était une remise en question, surtout les coachs. Le lendemain on a eu une réunion où ils disaient que c’était peut-être de leur faute parce qu’ils nous avaient peut-être trop surestimées. Nous on s’est dit qu’on sait qu’on est capables, qu’on a fait une erreur et qu’on n’a plus le droit à l’erreur. D’un côté on s’est même dit que c’était même plutôt pas mal de perdre à ce moment-là comme ça on allait rester concentré du début à la fin de la compétition. Ça nous a reboosté ! C’était un mal pour un bien.

Après les matchs s’enchaînent : 6-0 contre la Slovaquie, 1-2 contre les Pays-Bas, vous arrivez en demi, la finale pointe le bout de son nez. Comment est l’ambiance à ce stade ?
A ce moment on n’arrive pas à y croire. J’étais dans la chambre avec Anna (Clérac) et avant de se coucher on se regarde et je lui dis « eh Anna, demain c’est la demie ! » et elle rigolait. On n’arrivait pas à dormir, on était excitées et quand on a gagné la demie on a fait pareil : « eh Hawa, demain c’est la finale ! » On était excitées, mais moins que contre la Norvège. On savait qu’il fallait se canaliser pour ne pas faire les mêmes erreurs. Du coup on est restées plus concentrées. La veille on est sorties pour décompresser un peu, on est allées au centre commercial et manger au restaurant pour se vider la tête. Je pense que ça a bien fonctionné parce que arrivées en finale je n’avais pas la pression. Je ne sais pas pour les autres mais j’avais moins de pression que lors de la demi-finale. J’étais zen et sereine.

Justement, en demi-finale vous battez la Suisse 3-1. Une victoire avec deux buts d’écart ça fait du bien au moral juste avant la finale…
Oui, en plus notre match était juste avant celui de l’Espagne donc on s’est dit que ça allait un peu leur mettre la pression. Nous on jouait à 16 heures donc on allait pouvoir se reposer un peu plus qu’elles. Au final on s’est tous réunis, on a regardé le match ensemble et quand on a vu qu’elles se sont pris le premier but ça nous a fait bizarre. Elles étaient chamboulées. Dans toute la compétition elles se prennent 3 buts et on arrive même nombre de buts encaissés. Je ne sais pas si elles ont marqué autant que nous mais elles ont pris autant de buts que nous. Dans la tête ça change tout, parce qu’elles vont se dire qu’elles se sont pris le même nombre de buts de nous.

Une fois qualifiées en finale, que vous dit le coach, il croit toujours autant en vous ?
Oui, il a dit qu’une finale ça ne se joue pas, ça se gagne donc on peut le faire, qu’on a autant de qualités qu’elles. Un petit point différent d’elles c’est que nous a eu plus de duels qu’elles. Enfin, je ne vais pas dire que leur groupe était plus facile mais quand on regarde les vidéos on voit qu’elles étaient largement au-dessus. Alors que nous avec des adversaires un peu coriaces on savait à quoi s’attendre. Elles n’ont pas eu d’oppositions, c’était un peu facile pour elles.

Hawa Cissoko est défenseure au PSG. Photo PSG.fr

Hawa Cissoko est défenseure au PSG. Photo PSG.fr

31 juillet : jour de finale contre ces Espagnoles. Comment vous sentez-vous à quelques heures du match tant attendu ?
C’était long ! La matinée est passée vraiment lentement. Avec Anna on ne faisait que de se dire pareil : « c’est la finale, c’est la finale ! » Quand on est arrivées au moment de la causerie à partie de 16h tout est passé rapidement. On a fait nos valises, on est parties au stade, dans la car et le vestiaire on écoute de la musique, on va regarder le terrain… A ce moment-là on était toutes décontractées, zen, pas de pression. Je me suis dit que cette rencontre était pour nous, que ce n’était pas possible de perdre. Je me sentais déterminée et l’ambiance était vraiment bonne. On ne pouvait pas perdre cette rencontre.

En première période vous vous battez contre l’Espagne, comment avez-vous pour résister à ces assauts espagnols ?
On était préparées, on avait vu les vidéos et le staff nous avait bien présenté l’Espagne. On savait leur manière de fonctionner. Quand une joueuse se retrouve devant le but elle ne va pas tenter de se retourner, alors avec Estelle (Cascarino) on était préparées à ça. On savait comment se placer, qui étaient les éléments forts, etc. L’équipe espagnole est vraiment très forte, au début elles ont beaucoup fait tourner le ballon et derrière on est restées solides.

Parlons un peu de la seconde période rocambolesque, comment avez-vous vécu personnellement cette interruption de plus de deux heures ?
C’était frustrant. On ne savait pas quand on allait reprendre le match, on ne savait pas comment ça allait être. Au début personne ne parlait, tout le monde était dans son coin, se regardait, on se demandait dans combien de temps le match allait reprendre. On nous disait dans 5 minutes qui au final ont duré deux heure. Clara (Mateo) était allongée par terre les pieds en l’air, elle ne parlait pas, elle regardait le plafond. Théa (Greboval) pareil, d’autres étaient allongées sur les banquettes. On ne savait pas quoi faire. En temps normal on aurait mis la musique mais là elle aurait pu nous déconcentrer. C’était un peu l’euphorie, il y avait Elise (Legrout) à côté de moi on était là « on est championnes d’Europe à la mi-temps, on ne peut pas arrêter le match comme ça. On ne peut pas le reprendre demain parce que ce ne sera pas pareil. Il n’y aura pas la même envie, on sera fatiguées. » Et il y avait Grace (Geyoro) qui ne faisait que dire « même s’il faut jouer à 2h du matin je vais jouer ! » moi ça me faisait rire. Puis quand on nous a dit que dans 20 minutes on pourrait reprendre le match c’était la concentration complète. On a fait 5 minutes de calme, c’était le roi du silence. On s’est ensuite rééquipées tranquillement et on est reparties sur le terrain comme si c’était un nouveau match.

« Je savais que pendant le match la petite allait me regarder et franchement j’avais vraiment été émue.« 

Racontez-nous la deuxième mi-temps…
Au début on reprend le match, il y a des endroits où le ballon s’arrêtait. Les Espagnoles avaient l’objectif de marquer comme on avait cet avantage du coup on s’est un peu trop reposées dessus. Et quand Marie (Marie-Antoinette Katoto) marque son but c’est un moment de joie. Quand à 20 minutes de la fin du match tu mènes 2-0 tu te dis que t’as gagné le match, tu peux pas perdre. Dans nos têtes on était championnes d’Europe et c’est ce moment de déconcentration qui nous fait prendre ce but. Là on s’est dit qu’on ne pouvait pas perdre. Il ne restait même pas une minute et il y a eu un corner, j’ai encouragé les filles « allez elles ne marquent pas, on la sort. Tout le monde sur le ballon ! Si elles ne marquent pas sur ce corner on est championnes d’Europe. » Le corner est tiré, on la sort et l’arbitre laisse jouer. Toutes les secondes je me retournais en me demandant pourquoi elle ne sifflait pas. On criait « siffle siffle ! » C’était le feu à ce moment. Puis il y a eu un 6 mètres et j’ai dit à toutes l’équipe qu’il fallait la dégager pour être championnes d’Europe. On la dégage, l’arbitre siffle et on est championnes d’Europe ! On a couru partout, avec Marie on s’est regardées les larmes aux yeux, on a failli pleurer. Marie m’a attrapé et m’a fait un gros câlin et un gros bisou. A la fin quand il fallait rester calme pour faire la haie d’honneur pour les Espagnoles on était en train de chanter « mais qui a dit, mais qui a dit, mais qui a dit qu’on ne gagnerait pas l’Euro ? » C’était vraiment le feu ! C’était un moment inoubliable.

Maintenant que vous avez un peu de recul, pouvez-vous dire qu’en avançant dans la compétition et en enchaînant les victoires on prend confiance ou la pression est toujours présente ?
Ce n’est pas pareil pour tout le monde. Personnellement je ne faisais que de dire qu’on allait remporter cet Euro parce qu’il ressemblait beaucoup à notre championnat U19 (au PSG). Quand je parlais avec les Parisiennes c’était de la confiance et avec quelques autres joueuses de la pression.

Pour conclure, quel a été ton meilleur souvenir de cet Euro ?
Je dirais le moment où on monte les marches pour récupérer la coupe mais j’en ai un autre aussi. Quand on se positionne dans l’allée avec les joueuses pour entrer sur le terrain il y a une petite qui était ramasseuse de balles qui arrive en courant et qui me donne un dessin. Elle m’avait dessiné en tenue de foot avec elle à côté. Elle avait écrit en français « salut comment tu t’appelles ? Moi je m’appelle Lili. » Ça m’avait fait très plaisir et motivé avant la rencontre. Je ne trouvais pas personnellement que j’avais fait un super Euro et la petite m’avait bien aimé. Ça m’avait vraiment vraiment motivée. Je savais que pendant le match elle allait me regarder et franchement j’avais vraiment été émue. Je dirais que moment préféré ça a été celui-là, plus que de soulever la coupe. Le dessin est accroché dans ma chambre…

Et ton pire souvenir ?
Ça a été quand je me suis pris mon carton rouge. Quand je suis retournée aux vestiaires je me suis dit que ce n’était pas vrai, que j’allais retourner sur le terrain. Je ne réalisais pas, je n’arrivais pas à croire que j’avais pris un carton rouge. Et quand j’étais dans les vestiaires je ne savais pas ce qui se passait, j’entendais des hurlements de supporters. Je ne savais pas si elles avaient pris ou marqué un but. Du coup j’ai pris mon téléphone et j’ai regardé sur le site de l’UEFA. Je me suis dit que si on perdait ce serait de ma faute. C’était un mauvais moment.

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Maryne est la créatrice du site. Etudiante à ses heures perdues, elle pourrait se nourrir uniquement de pâtes, adore plaisanter et parler de sport comme le football plutôt que de le pratiquer. Fan de ski depuis son plus jeune âge, elle le pratique telle Tessa Worley !

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